L'espoir n'est pas une espèce menacée

Comme le disait Albert Einstein, «on ne peut pas résoudre des problèmes en gardant l’état d’esprit dans lequel nous les avons créés».  J’ai pensé à ces mots lorsqu’on m’a demandé d’écrire un article sur la crise de la biodiversité. J’ai commencé à lire des articles expliquant que des scientifiques en Alaska se sont rendus compte que le réchauffement climatique avait lieu de façon bien plus rapide que dans les estimations les plus pessimistes.  A propos des glaciers dans l’Himalaya qui fondaient deux fois plus vite que prévu, causant une sécheresse et une famine dans de vastes zones de l’Asie du Sud. Comment les populations d’insectes en Europe se sont effondrées. Appeler ceci une “crise environnementale” donne l’impression que tout ceci est d’une certaine manière hors de notre contrôle, mais cette crise est en réalité très humaine – la dévastation du monde naturel a été causée par les humains. Et pour en revenir aux mots d’Einstein, nous n’en sortirons pas en utilisant le mode de pensée qui l’a créée.

Lorsque l’on commence à chercher de nouvelles manières de penser et de nouvelles solutions, il serait très facile de se décourager. Les jeux joués par les personnes détenant le pouvoir dans le monde entier et leur égoïsme, alors que leurs concitoyens luttent et que la base même de leur existence est menacée, est  méprisable et inexcusable. L’obsession de la croissance économique et la croyance que le PIB serait le moins du monde l’indicateur d’une société saine conduisent directement à la destruction. Pour paraphraser Einstein une nouvelle fois, la folie est de faire encore et encore la même chose et de s’attendre à des résultats différents – et de nombreux décideurs sont actuellement en train d’agir avec cette folie.

Mais tout n’est pas si sombre. Il y a de l’espoir. Ce n’est pas simple: comme l’a écrit Rebecca Solnit dans son livre  “Garder l’Espoir”, “l’Espoir n’est pas un billet de loterie auquel vous pouvez vous cramponner, assis sur votre canapé, vous sentant chanceux. C’est une hache avec laquelle casser les portes pendant une urgence.” Nous avons besoin d’espoir pour continuer et pour agir plus. Alors, au lieu d’écrire sur la morosité et la destruction, j’aimerais célébrer quelques exemples récents d’espoir, dans lesquelles les personnes ont trouvé de nouvelles solutions aux problèmes auxquels elles étaient confrontées.

Célébrons le fait que des événements porteurs d’espoir ont lieu dans des pays trop souvent représentés dans les media en termes de guerre, d’Ebola et de désespoir.

Ainsi, au Liberia, après des années de plaidoyer par des OSC et des communautés locales, la reconnaissance des droits fonciers des communautés va devenir une réalité concrète; les communautés pourront exercer un contrôle réel sur leurs propres terres et ressources. Une loi foncière historique a été passée en 2018, et le travail commence tout juste ce mois-ci pour soutenir les communautés sur le terrain afin qu’elles obtiennent et protègent leurs titres de propriété[1].

En République Démocratique du Congo, les communautés commencent à obtenir des titres pour de grandes zones de leurs forêts coutumières, et réfléchissent à comment les gérer pour le bénéfice de tous les membres de la communauté.  Ce n’est pas simple – même si elles s’occupent de leur forêt depuis des siècles, le processus d’obtention d’une reconnaissance formelle prend du temps, et est encore testé – et contesté. Le modeste apport de Well Grounded dans un combat bien plus large est de travailler auprès d’organisations congolaises telles que GASHE and CAGDFT, qui aident les communautés à réfléchir de quelle manière elles souhaitent gérer leurs forêts dans le futur – et mènent une discussion au niveau national sur l’importance de la gestion forestière par les communautés.

En République Centrafricaine, tout comme en RDC, les communautés commencent à expérimenter la détention et la gestion des titres de propriété de leurs forêts communautaires. Des organisations nationales et des réseaux autochtones soutenus par Well Grounded, comme MEFP et RECALPA, aident les communautés dans ce processus et poussent leurs gouvernements à rendre le processus plus simple et accessible pour d’autres communautés.

Célébrons le fait que des citoyens dans le monde entier demandent des comptes à leurs gouvernements en rejoignant des grèves pour le climat[2], exigeant la fin des économies basées sur les énergies fossiles.

Nous sommes dans une période sombre, mais la volonté d’agir des peuples signifie qu’il y a toujours de l’espoir.


[1]https://thetenurefacility.org/article/liberia-2019/

[2]https://globalclimatestrike.net/

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A propos de l'auteur

Cath Long

Cath travaille avec Well Grounded depuis Juin 2010, elle est l’un des membres fondateurs de l’association. Elle a étudié l’écologie et les sciences environnementales. Elle a travaillé pendant de nombreuses années avec des communautés, des groupes de la société civile et des autorités locales et nationales surle thème de la gestion communautaire des ressources naturelles. Son expérience inclut également le développement et la gestion de projets, de programmes et d’organisations, la collecte de fonds, l’animation et la formation. Elle travaille dans le Bassin du Congo depuis 2002 et possède aussi une expérience en Afrique australe, de l’Est et de l’Ouest, en Amérique Latine et en Europe.