Notre travail produit-il un vrai changement? Comment mesurer son impact social

Combien de personnes avons-nous formées? Combien d’arbres avons-nous plantés ? Combien de rapports de recherche avons-nous publiés ?

Nous avons l’habitude de rendre des comptes à nos bailleurs sur les résultats de nos activités et nos objectifs à court terme. Pourtant, ces indicateurs ne sont pas suffisants pour évaluer si notre travail contribue réellement aux objectifs à long terme de notre organisation: A quel point changeons-nous VRAIMENT les vies des personnes et des communautés? Dans quelle mesure l’amélioration de leur qualité de vie est-elle due à nos projets ? Et la question la plus audacieuse: est-ce que ce que nous faisons est vraiment utile?

Nous ne pourrons répondre à ces questions que si nous savons mesurer notre impact.

L’impact est l’empreinte que nous laissons, ce qui reste après la fin d’un projet ou d’un programme, mais aussi ce qui justifie notre existence même en tant qu’organisation. Le mesurer nous permet de rediriger notre travail si nécessaire, d’arrêter ce qui ne fonctionne pas et de se concentrer sur ce qui marche.

Pour être honnête, il y a aussi une raison plus pragmatique de mesurer notre impact. Les bailleurs demandent de plus en plus de comptes à propos de l’argent qu’ils dépensent : ils veulent des preuves que leur investissement fait une différence. Disposer d’une information claire et systématisée sur les résultats de notre travail à différents niveaux est un énorme avantage compétitif et améliore clairement l’image et le positionnement de notre organisation.

Voici quelques conseils pour commencer à planifier des projets en vous basant sur leur impact.

Quelques concepts-clés

Tout d’abord, nous devons connaître de façon claire les concepts suivants et la manière dont ils sont reliés entre eux:

  • Les ressources, ou intrants (input), sont les moyens que nous utilisons pour mettre en œuvre un projet, ce que nous investissons.  Par exemple, de l’argent, des ressources humaines, des infrastructures, véhicules, équipements, connaissances, idées, etc.
  • Les activités sont les actions que nous mettons en œuvre pour atteindre les objectifs du projet. Il s’agit du travail que nous faisons directement pour tenter d’amener un changement. Par exemple, organiser un atelier, une formation, effectuer une recherche, etc.
  • Les extrants, ou résultats, sont la conséquence directe des activités, ou le résultat sur le court terme produit par nos activités. Par exemple, un atelier ou une formation a été réalisée, un rapport de recherche est disponible, etc.
  • Les effets sont directement relies aux objectifs du projet, et se réfèrent aux conséquences à moyen terme de nos activités. Il peut s’agir de changements dans les connaissances ou la capacité des personnes, ou de changements dans leurs comportements. Par exemple, les participants à un atelier peuvent avoir amélioré leur capacité à militer pour des réformes politiques. Ou les propositions de réforme peuvent être mieux formulées et présentées de façon plus stratégique aux preneurs de décisions.
  • L’Impact correspond aux conséquences à long terme de nos activités, aux changements qui peuvent être attribués à une organisation, un programme, un projet ou une intervention, qu’ils soient volontaires ou non. Ceci concerne en général un changement de conditions : par exemple, amélioration du bien-être, diminution de la pauvreté, réduction des taux de déforestation, etc.

Quelques conseils pour mesurer et prouver son impact

  • Nous devons être clairs, avant de développer un projet ou programme, sur ce que nous souhaitons atteindre. Il est nécessaire d’investir du temps pour clarifier les objectifs à long terme de notre organisation : Quels changements souhaitons-nous apporter aux populations ou aux communautés avec lesquelles nous travaillons ? Ou à notre environnement ?
  • Investir du temps pour mettre en œuvre une enquête initiale (ou baseline survey, consistant à mesurer la situation avant de commencer le projet), impliquant les différentes parties prenantes.
  • Il peut être utile d’avoir un groupe de contrôle (personnes qui ne bénéficient pas de notre intervention) afin de prouver que les changements sont réellement dus à notre projet.
  • Nous devons définir des indicateurs de succès pour chacun des concepts développés ci-dessus: résultats, mais aussi effets et impact. Sinon, comment saurons-nous si nous atteignons nos objectifs?
  • Il est essentiel d’impliquer nos futurs bénéficiaires dans nos efforts d’évaluation : il n’est pas réaliste de vouloir mesurer seuls le changement.

Si vous souhaitez aller plus loin, voici quelques méthodologies connues de mesure de l’impact. Et souvenez-vous : ce qui n’est pas mesuré ne peut pas être amélioré !

  • Le London Benchmarking Group (LBG) promeut l’émergence d’une norme internationale sur les activités d’investissement communautaire. Il a été adapté pour mesurer les activités sociales et d’ONG, ainsi que les effets et impacts atteints.
  • L’approche du Changement le plus Significatif (CPS) implique de générer et d’analyser des récits personnels de changement et de décider lequel de ces récits est le plus significatif, et pourquoi.
  • European Venture Philanthropy Association (EVPA) standard: Un guide pratique utilisant une norme de mesure de l’impact approuvée par la Commission Européenne en tant que meilleure pratique au niveau de l’UE.
  • Impact Reporting and Investment Standard (IRIS) est une initiative du Global Impact Investing Network (GIIN), une organisation sans but lucratif dédiée à l’amélioration de l’impact des investissements. Les indicateurs sont conçus pour mesurer la performance sociale, environnementale et financière d’un investissement.

Et vous ? Quelle méthodologie utilisez-vous dans votre organisation ?

A propos de l'auteur

Camaleo

Camaleo est une association sans but lucratif, dont l’objectif est d’offrir des services de conseil de qualité, accessible à toutes les organisations sociales, indépendamment de leur taille et du volume de leurs ressources.

Le but de Camaleo est d’appuyer toutes les organisations de solidarité, y compris les petites associations, souvent les plus proches des bénéficiaires finaux, afin qu’elles puissent obtenir la confiance des bailleurs, qu’elles progressent vers l’autonomie financière et qu’elles puissent gérer leurs programmes d’une manière plus efficace.

Camaleo a été fondé par des professionnelles du secteur de la solidarité, comptant chacune plus de dix ans d’expérience professionnelle dans le développement, l’aide humanitaire et l’action sociale. Camaleo est un projet coopératif, participatif et ouvert à tous les professionnels motivés pour améliorer l’impact du travail des organisations sociales.