Améliorer le droit des communautés à la terre à travers la cartographie participative

La forêt du Bassin du Congo est la deuxième plus grande forêt tropicale et la troisième plus grande forêt du monde. Elle est considérée comme l’une des plus importantes zones écologiques mondiales, avec plus de 10 000 espèces de plantes, 1000 espèces d’oiseaux, 500 espèces de poissons et 500 mammifères différents. Elle produit donc des ressources financières importantes pour les états de la région, y compris le Cameroun.

Au Cameroun, le gouvernement a lancé le programme « Vision 2035 », dont le but  est d’amener le développement dans le pays à travers l’industrialisation de son économie. Dans ce contexte, il existe une combinaison de différents facteurs qui exercent une pression supplémentaire sur les forêts, tels que le développement de projets d’agriculture à grande échelle.

Les projets miniers ont aussi causé la dégradation de sept millions d’hectares de forêt. Ceci affecte de façon négative les communautés forestières, puisqu’elles dépendent largement des ressources forestières pour leur subsistance. La Vision 2035 ne fait pas non plus référence aux conditions spéciales des communautés forestières et ne contient pas de stratégie pour soutenir leurs droits à la terre.

Pour répondre à ce problème, Forêts et Développement Rural (FODER), en collaboration avec Ajemalebu Self Help (AJESH) et la Rainforest Foundation Royaume-Uni, a mis en place un projet de Cartographie et Gouvernance de la Forêt. Celui-ci a pour but de documenter le régime foncier et les systèmes traditionnels de gestion des communautés forestières, et ainsi de contribuer à réduire la pauvreté à travers la gestion durable des ressources naturelles, en promouvant le droit de la communauté à la terre. Ceci est un exercice hautement participatif qui implique les communautés forestières dans 56 villages du Cameroun. Ainsi, ce processus de cartographie participative servira d’outil pour le plaidoyer concernant les politiques d’utilisation des terres au Cameroun.

Ce projet est financé par le DFID et a pour but de cartographier 56 villages situés dans la division de Kupe Mouanenguba, dans le Sud-Ouest du Cameroun. Cette zone est recouverte de forêt, qui est exploitée au détriment des communautés forestières vivant dans et autour d’elle.

L’objectif de ce projet est d’atténuer la pauvreté touchant les communautés et de les soutenir dans la défense de leur droit à la terre, ainsi que de promouvoir une meilleure gouvernance des ressources forestières dans la région du Bassin du Congo.

Pour atteindre cet objectif, le projet a pour objectif de:

  • Fournir un système de suivi en temps réel de l’exploitation illégale, et créer des initiatives pour un suivi national de l’exploitation forestière pour faire respecter le droit et la loi;
  • Documenter les problèmes rencontrés par les communautés résultant de l’exploitation forestière dans leur zone, et réaliser un suivi destiné à soutenir le processus législatif relatif aux affectations et utilisations du territoire forestier ;
  • Documenter le régime foncier des communautés forestières.

L’exercice de cartographie participative a commencé par une collecte systématique et une analyse des données. Cette base servira à développer une stratégie qui fournira un soutien aux communautés locales dans la région, afin qu’elles puissent défendre leurs droits à la terre et à d’autres ressources naturelles.

La production de ces cartes a eu les bénéfices suivants:

  • Elle a permis la participation des communautés forestières dans les processus de réformes politiques au niveau national et promu la reconnaissance de leurs droits. Ces cartes servent d’outil de négociation et de reconnaissance de l’espace de vie des communautés traditionnelles.
  • Elles fournissent aux autorités administratives des informations sur l’occupation des terres et leur utilisation par les communautés locales.
  • Elles fournissent aux preneurs de décision, tels que les parlementaires, une documentation sur les attentes des communautés et la réalité à laquelle elles sont confrontées.
  • Le projet a aussi permis d’augmenter l’appropriation et la compréhension des thèmes relatifs à l’occupation et l’utilisation des terres.

La cartographie participative est un processus indispensable pour atteindre une bonne gouvernance des ressources forestières. Elle aide à documenter le système traditionnel de propriété foncière des communautés ainsi que les problèmes qu’elles rencontrent suite à des programmes tels que l’activité agro-industrielle, l’exploitation forestière ou minière. Elle leur donne aussi l’opportunité de faire entendre leur voix dans la gestion des ressources naturelles, en particulier des forêts qui les font vivre; et ainsi, de devenir des acteurs clés auprès des autres parties prenantes qui contribuent à la gestion durable des forêts et de ses ressources.

A propos de l'auteur

Harrison Nnoko Ngaaje

Harrison est le président d’AJESH (Ajemalebu Self Help). Depuis plus de deux ans, il travaille sur ce programme pour défendre le droit des communautés et planifier l’utilisation de leurs terres traditionnelles avec l’utilisation de la cartographie participative.